Andraws : une intégration réussie

D’où es-tu originaire et pourquoi es-tu venu à Tarbes ?

Je suis originaire de la ville de Bakhdida au nord de l’Irak, et en août 2014, nous avons quitté notre ville déjà aux mains de Daesh et nous nous sommes réfugiés au Kurdistan dans la ville d’Akra. Là, mon frère et moi étions inscrits à l’école. Comme les cours étaient en kurde, et que nous ne parlons pas le kurde, les autorités de la ville avaient ouvert des cours en arabe, spécialement pour les réfugiés comme nous, originaires de Bakhdida. Mais malheureusement, je ne pouvais pas y assister car j’étais obligé de travailler pour gagner de l’argent, mes parents ne recevant plus de salaires du gouvernement depuis plusieurs mois. Je travaillais dans un restaurant tous les jours, de 8h à 1h du matin le lendemain. Nous avons fui l’Irak à cause de Daesh mais aussi pour que mon frère et moi puissions poursuivre notre scolarité et faire des études dans de bonnes conditions.

Je suis arrivé à Tarbes le 12 septembre 2015. Mes parents, mon frère et moi sommes venus en avion depuis Erbil en Irak, en passant par Beyrouth puis Paris. Nous avons choisi Tarbes car mon père a un ami ici et aussi parce que les premières semaines, nous avons logé chez une famille d’accueil qui habite à Odos près de Tarbes.

Quelles difficultés as-tu rencontrées à ton arrivée en France ?

La première difficulté a été la langue bien sûr. J’ai dû apprendre le français à partir de zéro, comme un bébé… Je connaissais seulement l’alphabet latin car j’avais suivi en Irak quelques cours d’anglais. La deuxième difficulté pour moi a été de me faire des amis, d’avoir des contacts avec les autres, ceci étant évidemment lié à mon faible niveau de français. Mais heureusement, j’ai pu progresser assez vite grâce aux cours du lycée, aux cours de soutien que plusieurs personnes viennent me donner chez moi, grâce aussi à internet car de nombreux sites permettent de travailler le français, et enfin, j’ai beaucoup progressé en passant du temps avec mes amis du lycée et de ma paroisse. Parmi les difficultés rencontrées, je pourrais ajouter des difficultés d’ordre culturel. Par exemple, chez moi, le seul couvert que l’on utilise pour manger, c’est la cuillère, alors au début j’ai eu du mal à me servir du couteau et de la fourchette, mais ce problème a été plus vite résolu que les deux autres !

Quelles sont les langues que tu parles ?

Ma langue maternelle est l’araméen, c’est la langue que je parle en famille, encore aujourd’hui. Je parle aussi l’arabe car c’est la langue de l’enseignement en Irak. Et ici bien sûr je parle le français, quand je suis au lycée ou avec mes amis.

Beaucoup de personnes pensent que dans le monde arabe les gens parlent tous arabe et sont tous musulmans. Peux-tu nous expliquer le cas de l’Irak ?

En Irak, la langue officielle, et la plus parlée, est effectivement l’arabe. Mais ce n’est pas la langue maternelle de tout le monde. La deuxième langue en terme de nombre de locuteurs est le kurde, parlée au nord du pays. C’est une langue indo-européenne qui ne ressemble pas du tout à l’arabe. Ensuite, il y a plusieurs langues minoritaires dont l’azéri, le turkmène… et l’araméen, ma langue maternelle, parlée essentiellement dans ma ville d’origine, Bakhdida (Qaraqosh en arabe), qui comptait environ 50 000 habitants avant la guerre. On la parle aussi dans quelques villages environnants. Il s’agit d’une langue sémitique, donc apparentée à l’arabe. Sur le plan religieux, la majorité des Irakiens sont musulmans (65 % de chiites et 35 % de sunnites). Les Kurdes sont également musulmans, de rite sunnite. Mais il y a aussi des chrétiens, parmi lesquels les chaldéens, qui vivent surtout à Bagdad, et les catholiques, dont je fais partie, qui vivent plutôt dans le nord du pays. Il ne faut pas oublier la minorité yézidi qui vit au nord du pays, persécutée par Daesh depuis deux ans. Le nombre de chrétiens en Irak était de 1,2 million il y a encore 15 ans, mais depuis la guerre de 2003 et la présence de l’État islamique en 2014, ils ne sont plus que 500 000. D’ailleurs, avec l’arrivée de Daesh, tous les habitants de ma ville ont fui en août 2014 et aujourd’hui elle est complètement détruite.

Peux-tu nous parler de l’araméen et nous apprendre quelques mots dans ta langue ?

L’araméen est une langue très ancienne puisqu’elle existe depuis plus de 3000 ans. C’était à la fois une langue administrative, une langue de culte et la langue parlée par certaines populations du Moyen-Orient. On dit que Jésus parlait cette langue, ou du moins l’une de ses variétés car l’araméen comprend de nombreux dialectes. Aujourd’hui encore, cette langue est parlée, sous différentes formes, en Irak, en Syrie et en Turquie, par environ 600 000 personnes. Le dialecte araméen parlé en Irak s’appelle le soureth.

Voici quelques phrases en soureth écrites dans notre alphabet qui est spécifique à l’araméen :

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Céline Sanchez