Dans le monde de BATTLEFIELD

BATTLEFIELD

Sur le champ de bataille de l’Inde des Bharatas
par Peter Brook

Qui est Peter Brook ?

Monsieur Peter Brook est né le 21 mars 1925 à Londres, il a donc aujourd’hui 91 ans. Cette personnalité majeure du théâtre contemporain  a renouvelé la mise en scène théâtrale. Son style a été beaucoup repris par d’autres metteurs en scène. Il est considéré comme un héritier du théâtre élisabethain, un théâtre populaire au style épuré. Peter ne se contente pas de «mettre debout» un texte couché sur le papier. Pour lui, il est essentiel de créer une interaction entre le public et les artistes sur scène.

Le Mahabharata, du récit mythologique à la pièce de théâtre.

Son théâtre se nourrit des pays et des cultures qu’il a traversés. C’est en voyageant en Inde qu’il découvre le Mahabharata, un texte mythologique où il trouvera la matière pour permettre à son public de réfléchir aux événements que l’Europe a traversés entre 1939 et 1945. Les artistes après la guerre se demandaient quelle était la place de l’imaginaire dans le théâtre. Certains estimaient qu’il devait disparaître après avoir vu l’horreur de la guerre et d’autres non.

Le Mahabharata, soit littéralement, La Grande Guerre des Bharatas, cet ancien texte de sagesse indienne, écrit il y a un peu plus de 25 siècles de cela, relate la guerre fratricide qui mena deux branches rivales d’une famille royale à se déchirer. Ce conflit s’est soldé par le triomphe d’une des branches sur l’autre, au prix de l’extermination des vaincus à l’aide d’une arme de destruction massive. Que faire lorsque l’humanité a été détruite ?

L’oeuvre devient, avec Peter Brook, une pièce de neuf heures ! Le public ainsi que les comédiens vivaient ce moment fort en ressentant la sensation impressionnante de ne plus faire « qu’un » avec le récit.

D’une pièce à l’autre.

L’histoire de Battlefield commence lors de la fin de celle du Mahabharata. En effet l’irréparable est commis et c’est au vainqueur qu’incombe désormais la charge de recréer une civilisation. Au fil des conversations, avec sa mère, son oncle et autres vieux sages, le futur souverain va apprendre beaucoup sur la rudesse des lois, l’exigence de la justice ou de la paix. Dialogues d’antique sagesse, où l’humour fait jeu égal avec la compassion. Un message d’espoir et d’humanité au lendemain de la catastrophe, posant la seule question qui vaille dans ce genre de circonstances : après que l’horreur a frappé, comment s’y prendre pour tout reconstruire ? Battlefield a aussi une résonance particulière avec le contexte actuel. Avec seulement trois acteurs et un musicien (percussionniste) le contact est établi avec le public comme si l’histoire et la réalité ne faisaient plus qu’un, et ainsi, développe une véritable histoire de vie avec une multitude de personnages.

Nos ressentis et impressions

Un agréable spectacle, captivant et bien fait qu’a apprécié par la majorité d’entre nous. Une réelle impression d’y être, agrémentée parfois par un échange avec le public. Avant le spectacle, plusieurs membres du groupe manifestaient quelques inquiétudes par rapport à la mise en scène en anglais, la langue originelle du spectacle. Finalement cela a été une belle surprise de découvrir l’oeuvre dans sa version originale sur-titrée et il n’y avait aucun mal à suivre. Cette représentation pousse à la réflexion, en apportant une dimension philosophique et poétique. S’ajoute une impression de puzzle par la combinaison de plusieurs histoires. A la fin du spectacle, plusieurs questions se posaient dans les esprits des spectateurs. Le jeu des acteurs était très fort et ils se débrouillaient très bien même dans le changement des personnages avec des costumes minimalistes comme l’était le décor. Effectivement l’espace dédié au spectacle était très épuré mais suffisait à installer la trame du récit.

Ce spectacle a clôturé cette magnifique journée passée avec le personnel du Parvis.

Manon Coltée, Raphael Giannotta et Andrei Defta.