Deux suédoises à « Théo »

Pour la seconde année consécutive, le lycée Théophile-Gautier a reçu deux enseignantes du lycée général et technologique Peder Skrivares Skola de la ville de Varberg en Suède du 9 au 13 avril 2018.

Ann Bosell professeure d’anglais et de français, et Catarina Ekstrand-Turries, professeure de français et de suédois, ont orienté leur second stage d’observation sur les pratiques pédagogiques de collègues de langues, de littérature et de sciences humaines. Leur réflexion a porté sur la compréhension de l’écrit : Comment redonner le goût de la lecture à nos jeunes ? Quels outils leur transmettre pour être des lecteurs autonomes ? Comment mieux comprendre et appréhender un texte en langue étrangère ? Autant de questions pour échanger sur les pratiques d’enseignement dans les deux pays.

Lors de leurs interventions en classe, les élèves ont pu s’entretenir sur les programmes Erasmus, auxquels les jeunes ont bien plus recours dans les pays nordiques. En SES, ils ont abordé et comparé le monde du travail et l’égalité homme-femme. Ann et Catarina ont trouvé notre appréhension de la compréhension de l’écrit plus pointue avec une exigence d’entrée dans les textes plus approfondie que la leur, mais aussi une plus grande rapidité dans le déroulement des lectures analytiques.

Une table ronde a également été organisée avec les enseignants du lycée. Ce fut l’occasion d’aborder les spécificités des pratiques suédoises et françaises et de nous faire part de leurs observations lors de cette semaine : « les professeurs français sont très actifs en classe et travaillent beaucoup ! » s’exclame l’une, pendant que l’autre nous explique la pertinence de notre service de « vie scolaire » qui permet aux professeurs de se concentrer sur la pédagogie et son enseignement. En effet, la tâche administrative de contrôle des présences, retards, incombent aux enseignants en Suède, pour une efficacité limitée selon elles.

Le jeune collégien suédois arrive au lycée à 15 ans comme en France, en ayant déjà choisi son orientation. « Une dérive utilitariste du système visant à former de futurs entrepreneurs nous a fait abandonner l’équivalent de votre filière littéraire qui portait des valeurs humanistes que nous avons perdues en quelques années » déplore Ann.

En Suède, une journée type commence à 8h00 et finit vers 15h00, cinq jours par semaine, mercredi après-midi incluse. La pause déjeuner est souvent courte environ de 40 minutes et il n’y a pas de récréation commune. Les cours durent en moyenne plutôt 80 minutes (1h30 en langue, temps que les collègues apprécient pour mener à bien un apprentissage).

Depuis cinq ans, tous les lycéens ont été dotés d’ordinateurs Mac ce qui a coûté très cher à l’institution (c’est la municipalité en Suède qui est chargée de la paye des enseignants ainsi que des moyens alloués aux lycées) pour une efficacité remise en cause : les tests nationaux montrent une baisse de niveau des élèves corrélée à leur dotation d’outils informatiques. « Ne faites pas la même erreur que nous ! » nous implorent-elles !…Pour y remédier, les classes vont être allégées à la rentrée prochaine : « de 28 à 32 élèves maximum par classe », et des ordinateurs moins chers seront choisis pour les élèves en échange. En effet, nous expliquent-elles, « ce choix de la municipalité a certainement été fait pour inciter les jeunes à venir dans leur établissement plutôt que de se tourner vers les établissements privés dits « libres » qui exercent une réelle concurrence. « L’ordinateur a constitué un moyen attractif mais le manque d’attention des élèves et la lecture sur écran uniquement ont appauvri les compétences des lycéens en compréhension de l’écrit » regrettent-elles.

Cependant, elles apprécient les temps de parole accordés aux élèves en classe en Suède, qui permettent aux plus timides par exemple de ne pas être pris de court pour prendre la parole devant les autres. Des petits débats sont souvent organisés par groupes, et lorsqu’un groupe passe, les autres sont invités à dire deux choses qui leur ont plu. Les collègues de « Théo » font remarquer leur intérêt pour ce genre de temps accordé aux élèves suédois pour des échanges en groupes limités à l’EMC, aux TPE ou à des événements ponctuels en France.

Coté enseignants, le manque de vocations sévit aussi en Suède !

Les lycéens sont sélectionnés sur leurs résultats pour entrer dans la formation universitaire qui dure cinq ans. Ensuite, ils « postulent » dans des établissements de leur choix et sont recrutés par les chefs d’établissements qui deviennent leur employeur direct. Ainsi, pour inciter des enseignants à aller dans le nord de la Suède, les étudiants se sont-ils vus proposer une prime de 20 000 euros s’ils s’engageaient pour deux ans dès la fin de leurs études… Pour les matières déficitaires comme les mathématiques ou le recrutement en collège fait défaut, le salaire de collègues peut aller jusqu’à 4000€ par mois, une situation inégalitaire qui met les chefs d’établissements dans l’embarras selon elles.

Leur temps de travail est de 45 heures par semaine divisé en 35 heures de présence dans l’établissement ( 15h de cours et 20h à disposition des élèves ou pour participer à des réunions), et 10 heures de corrections à la maison. Dans l’établissement, les enseignants disposent de bureaux pour quatre à six personnes bien aménagés. Les professeurs font leurs formations hors temps scolaire notamment le samedi ou bien lorsque les élèves sont en vacances.

Le droit de gréve n’existe pas en Suède, il est même considéré comme « criminel » du moment où il pénalise la tierce personne que constitue l’élève dans le milieu scolaire ou le patient dans le milieu hospitalier. Il est donc difficile de faire entendre ses revendications au niveau local, mais leurs syndicats nationaux sont très influents selon elles.

Ann et Catarina repartent enchantées de ces multiples échanges très fructueux et porteuses de projets comme notamment celui de la création d’un pôle « vie scolaire » dans leur établissement.

 Hélène Frances