Discours sur la philo

La philosophie au lycée est l’une des matières qui jouit d’une mauvaise réputation, avec, sans doute, en deuxième position les maths ou le français, selon la filière de ceux qui en évoquent leurs plus mauvais souvenirs scolaires…

Et bien sûr, la philo, ce sont toujours  les anciennes victimes qui en parlent, et bien sûr, pour dire que c’est très aléatoire et « chiant ». Et ces victimes ont toutes eu une note au-dessous de la moyenne — mais attention, c’est à cause du sujet qui était le plus dur de la décennie, et surtout la faute du correcteur, qui lui, avait un esprit trop fermé pour adhérer à la moitié de leurs propos… Quant au prof qui enseigne la matière, il paraît que c’est un philosophe « raté » qui se venge de l’échec de la publication de ses écrits sur ses élèves, et si on a environ la moyenne dans sa matière, c’est vraiment qu’on s’accroche…

Simone De Beauvoir, painted portrait- ©thierry ehrmann-https://www.flickr.com/photos/home_of_chaos/9334876056
Simone De Beauvoir, painted portrait- ©thierry ehrmann-https://www.flickr.com/photos/home_of_chaos/9334876056

La philosophie, en cours ou non, ne mérite pas vraiment à cette réputation, probablement due au fait qu’elle est une matière qui sort un peu du cadre leçon-contrôle auquel nous sommes habitués. Il s’agit avant tout d’être confronté à des concepts philosophiques, plutôt appelés des notions, auxquelles on a déjà pu réfléchir, en surface généralement, en attendant le bus, grâce à un livre ou à la suite d’un évènement personnel. Ces notions, pour certaines, ont l’air traitables : le langage, le travail, l’État ; mais beaucoup semblent risquées, à première vue: la matière et l’esprit, bien ; la conscience, bon ; la religion, aïe !

Cela dit, l’approche reste évidemment toujours possible, et ce ne sont pas nos opinions qui sont jugées : d’ailleurs, ce ne sont pas nos opinions qu’on nous demande, c’est davantage la manière de réfléchir sur un sujet en exploitant à la fois des connaissances, des notions, et en développant une réflexion qui se veut cohérente et assez profonde.

Nietzsche-©Robert Conley-https://www.flickr.com/photos/yelnoc/83216393
Nietzsche-©Robert Conley-https://www.flickr.com/photos/yelnoc/83216393

Si la matière est moins ordinaire qu’une autre, c’est peut-être aussi parce que ces mêmes notions sont moins évidentes à aborder que l’apprentissage des verbes irréguliers en anglais ou des figures de style en littérature. En philosophie, ce n’est pas retenir une définition et quelques dates de naissance des philosophes les plus importants qui nous sauveront ! Une notion s’aborde sous différents angles, avec plusieurs philosophes donc avec des thèses différentes, et chaque prof a sa méthode personnelle. Qui plus est, être bon en philo, ce n’est inné pour personne. La règle, comme pour toutes les autres matières, c’est le travail. Il est similaire à celui qu’on connaît : des connaissances à acquérir et à ressortir au bon moment. Mais en philo, s’ajoute un travail de réflexion, compétence que nous sommes censés développer à travers la dissertation.

Voltaire-©Denis De Mesmaeker-https://www.flickr.com/photos/2ni/5579594992
Voltaire-©Denis De Mesmaeker-https://www.flickr.com/photos/2ni/5579594992

Toujours par rapport aux notions, il est difficile de penser que vous ne trouverez pas votre bonheur parmi l’éventail qui nous est offert ! Sans être exhaustif, on peut mentionner la conscience, le désir, le temps, le langage, l’art, la raison, l’interprétation, la société, la justice, la liberté et le bonheur. Quelle que soit notre filière, nous avons tous déjà pensé à plusieurs de ces notions.

Au bac, il y a deux épreuves au choix : l’explication de texte et la dissertation.

Pour l’explication de texte, en vous en parlant très simplement et avec des inexactitudes qui m’attireront les foudres des profs de philo, disons qu’il s’agit de rendre compte des propos de l’auteur, de développer la problématique soulevée et d’en discuter la véracité. Donc, une compréhension précise du texte est attendue pour cette analyse, ainsi qu’un avis critique.

Le sujet de dissertation, lui, cherche à vous provoquer : « Faut-il en finir avec la tolérance ? », parfois même de façon plutôt bizarre : « Peut-on librement renoncer à sa liberté ? » ou encore faire inutilement peur avec des mots à cinq syllabes en plus d’une question apparemment difficile (seulement en apparence) : « L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ? »… La dissertation, pour en rester à une description en surface, c’est une réflexion sur le sujet donné, en apprenant à penser de différentes manières sur un même thème.

Rousseau-©Juanfran Velasco-https://www.flickr.com/photos/juanfranvelasco/8220988853
Rousseau-©Juanfran Velasco-https://www.flickr.com/photos/juanfranvelasco/8220988853

La philosophie peut donc être une matière, qui, au-delà de sa difficulté apparente, tente aussi de vous ouvrir des horizons plus vastes, avec des points de vues très, mais alors très variés ; qui met aussi des mots sur des notions qui paraissaient au premier abord assez abstraites, mais qui vous demande surtout de réfléchir en « questionnant les questions » et leur portée.

Camille Barré

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