La journaliste de l’année

Le 17 novembre dernier, Zaina Erhaim a été désignée journaliste de l’année par Reporters sans frontières. Cette jeune femme de 30 ans travaille à Alep (en Syrie), « la ville la plus dangereuse du monde », depuis plus de deux ans.

A travers les publications de son blog, que ce soit en anglais ou en arabe, elle fait partager le quotidien des habitants de la ville : les écoles qui fonctionnent grâce à des ONG, les enfants qui jouent dans les parcs transformés en cimetière, les rues qu’il faut parcourir, les phares éteints pour ne pas être visé, les fêtes dans les abris, la menace des bombes … Elle montre que la mort ne touche pas que des combattants mais peut aussi frapper des amis, de la famille ou des enfants. Elle parle également de la peur, à la première personne, sans le moindre détour. Sa capacité à « mettre en avant la dimension humaine dans les coulisses de la guerre » a ainsi été louée par Reporters sans frontières.

Zaina Erhaim est responsable des projets syriens de l’Institute for War and Peace Reporting, une organisation basée à Londres qui assiste les médias et la société civile dans les pays en conflit, dans laquelle elle a à coeur de soutenir les femmes. Depuis deux ans, elle a ainsi formé une centaine de personnes (dont un tiers de femmes) au journalisme, écrit et télévisuel, contribuant à la création de nouveaux journaux et magazines en Syrie. Plusieurs de ses étudiants ont d’ailleurs vu leurs productions publiées dans de grands médias internationaux.

Elle a tourné un documentaire durant 18 mois, Femmes rebelles de Syrie, dans lequel elle filme cinq habitantes d’Alep engagées qui secourent les blessés, apportent des vivres aux civils et écrivent à propos de la guerre. Elle décrit « la vie des femmes qui ont choisi de ne pas quitter la Syrie » et qui « apportent leur aide dans une ville confrontée à ses pires heures ». Elle tenait avant tout à témoigner de l’engagement exceptionnel des femmes dans cette guerre, afin qu’elles ne soient pas oubliées, et qu’elles fassent partie de l’héritage de l’histoire syrienne.

Zaina Erhaim déplore que le conflit syrien soit réduit à une lutte entre Bachar Al-Assad et djihadistes ou islamistes, oubliant les Syriens qui rejettent autant le régime que l’extrémisme, tout comme le fait que l’Occident soit obnubilé par Daesh. Alors qu’Alep s’enfonce toujours plus dans le chaos, la jeune femme sans illusions, répète souvent que ce n’est pas l’espoir qui la porte mais la fidélité à ceux qui sont morts pour « un pays meilleur » et pour la liberté.

Valentine Daléas

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