Brasilia

© Division géographique de la direction des archives du Ministère des Affaires Étrangères
© Division géographique de la direction des archives du Ministère des Affaires Étrangères

Bientôt, nous serons en été. Je sais, on ne le dirait pas. Pour compenser, je vous emmène au Brésil. Vous viennent alors des images de plages de sable fin, de samba, de fête, de mer bleu turquoise… Sauf que je vous conduis à Brasilia, capitale du pays, située à l’intérieur des terres, à plus de 1000 km de São Paulo, sur la côte. Pour autant, Brasilia ne vous décevra pas, le Brésil ne se résume pas à Copacabana. De nombreux migrants sont venus trouver de l’or en Amazonie, et voici ici une pépite, au cœur de la forêt…

Sa construction est très récente, la ville fut inaugurée en 1960. Mais pourquoi avoir choisi de construire la capitale de l’Etat au beau milieu d’une savane réputée inhospitalière, le cerrado ?

Plusieurs raisons à cela, à commencer par l’impossibilité de trancher entre l’immense São Paulo, cœur de l’activité industrielle, et la médiatique Rio de Janeiro, image du pays à travers le monde. Cela permit encore de donner une « vitrine moderne » au Brésil, avide de reconnaissance internationale. L’emplacement fut également choisi en vue de mettre en valeur cette partie du territoire, oubliée et délaissée au profit des côtes. L’impulsion fut donnée par le Président Juscelino Kubitschek, qui en fit son principal argument de campagne sous le slogan « 50 ans de progrès en 5 ans ». La construction est connue pour avoir été bouclée en 1000 jours, au prix cependant de conditions de travail éprouvantes pour tous ceux qui participèrent au chantier.

Surgie de nulle part, tout était à faire. Aucune contrainte d’urbanisme en rapport à des constructions déjà présentes. Le champ était libre. On pouvait y créer la ville modèle, celle que le monde entier envierait au Brésil.

Ainsi démarra le projet, dirigé par l’architecte Oscar Niemeyer et l’urbaniste Lucio Costa. Aujourd’hui encore, ce concept utopique fait battre le cœur de la ville, dont 90% de l’économie sont liés à son statut de capitale fédérale.

Petite touche de poésie, la ville vue du ciel prend la forme d’un avion, pour symboliser l’envol du pays. En effet, Brasilia fut construite sur le « plan pilote », dessiné par Costa. Deux axes structurent la ville : l’Eixo Monumental, plus large avenue du monde (250m en son maximum), constitue le fuselage de l’avion, et l’Eixo Rodoviario, les ailes. Dans ce périmètre étaient censés habiter 500 000 habitants, la ville en compte aujourd’hui 2 millions.

De nombreux architectes sont venus seconder les deux maîtres du projet pour aboutir à ce qui semble être une des plus grandes réussites architecturales du XXe siècle. Les bâtiments officiels sont évidemment les plus intéressants, omniprésence de l’Etat oblige.

http://www.flickr.com/photos/mcdemoura/5846154075/ - © Marcio Cabral de Moura
http://www.flickr.com/photos/mcdemoura/5846154075/ – © Marcio Cabral de Moura

Commençons par la cathédrale, bâtiment le plus connu de la ville. D’une forme plus qu’originale, surtout pour un édifice religieux, le bâtiment étonne. Une structure dite hyperboloïde, de 70m de diamètre, soutenue par 16 colonnes, représentant deux mains qui se joigne en direction des cieux. Un équivalent moderne de la Chapelle Sixtine diront certains, symbiose entre art et spiritualité.

Continuons par le Congrès National. Incarnant par ses formes le système politique bicaméral, le bâtiment est constitué de deux sphères, l’une abritant la chambre des députés, tournée vers le ciel, celle tournée vers le sol accueillant le Sénat, jugé plus conservateur. Deux tours jumelles complètent l’édifice.

Le président du Brésil — actuellement une femme, Dilma Roussef — vit dans le palais d’Alvorada, chef-d’œuvre d’art contemporain, reconnu comme l’une des plus belles résidences d’Etat au monde.

Un autre palais de la ville mérite l’attention, celui d’Itamary, qui accueille en son sein le ministère des affaires étrangères. Une des curiosités de l’édifice réside dans son escalier intérieur : une véritable prouesse architecturale, tout en courbes, sans aucune rampe, il semble indifférent à la gravité.

Enfin, le concept de cité utopique se poursuit également dans les lieux de vie du peuple. Les habitations originelles, appelées superquadras, sont autonomes, concentrant commerces et écoles, telles de petites villes indépendantes. L’université, au cœur de la ville, où viennent étudier pas moins de 30 000 jeunes, est réputée pour son cadre agréable, disposant de jardins à l’intérieur même du campus. Comme quoi, il reste bien l’âme du Brésil dans cette ville aux allures folles !

Ainsi s’achève notre tour de la capitale fédérale du plus grand Etat d’Amérique du Sud.

 

Thibaut Lafargue

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