Les sabreurs de « Théo »

Simon Alkange
Simon Alkange
Edern Annic
Edern Annic
Charles Colleau
Charles Colleau
Pierre Colleau
Pierre Colleau
Baptiste Dubarry
Baptiste Dubarry
Audrenn Lemée
Audrenn Lemée
Jean-Philippe Patrice
Jean-Philippe Patrice

L’élite des jeunes sabreurs français passe forcément par le pôle France sabre de Tarbes et donc par « Théo ».

Structure unique, le pôle France sabre accueille douze sportifs, parmi les meilleurs Français de leurs catégories. Huit (dont six internes) sont élèves au lycée Théophile-Gautier et quatre étudiants au pôle universitaire. Ces douze sabreurs de haut niveau sont venus de toute la France métropolitaine et même de La Réunion pour vivre leur passion à Tarbes.

Le pôle France de Tarbes a révélé, entre autres, Damien Touya (triple champion du monde individuel ou par équipe en 1997 et 1999, champion olympique par équipe aux jeux d’Athènes en 2004 avec son frère Gaël) et Nicolas Lopez (champion du monde par équipe en 2006, champion olympique par équipe et vice-champion individuel aux jeux de Pékin en 2008).

De la Seconde à la Terminale, les sabreurs de « Théo » ont environ quatorze heures d’entraînement par semaine et ils se rendent régulièrement à l’étranger pour des compétitions internationales. Tout cela dans des classes tout à fait normales et sans aménagement du temps scolaire.

Les entraînements quotidiens rythment la semaine de ces sportifs. Dès la sortie des cours, ils se rendent en minibus à la Maison de l’Escrime, située sur la zone Bastillac.

Nous les avons suivis, et nous avons assisté à une de leurs séances d’entraînement, à l’issue de laquelle ils ont gentiment répondu à nos questions.

 Interview de cinq sabreurs

© Carla Lassalle
© Carla Lassalle

Nous avons tout d’abord rencontré les frères Colleau. Pierre (l’aîné) et Charles (le cadet) sont en Première ES, ils habitent à Tostat dans le nord du département, et sont internes au lycée. Ils sont tous les deux licenciés à l’Amicale Tarbes Escrime (ATE).

Originaire de La Réunion, Audrenn Lemée est en Terminale Scientifique. Il est interne.

Jean-Philippe Patrice vient de Marseille et il est en Seconde. Simon Alkange vient de Strasbourg et il est en Première ES. Ils sont tous les deux internes.

 

D’où vous vient cette passion pour l’escrime ?

Pierre : J’ai commencé quand j’étais au primaire. J’ai donc  découvert l’escrime grâce à l’école, ça m’a vraiment  bien plu et j’ai logiquement continué !

Audrenn :  J’aimais bien me battre avec des épées… Quand j’ai commencé, vers quatre ans et demi – cinq ans, mon frère faisait de l’escrime et j’ai voulu le suivre.

Jean-Philippe : Depuis tout petit j’aime bien les films de Zorro. Du coup je suis mis à l’escrime.

Simon : Moi aussi, c’est parti des films : mes grands frères étaient fans des Trois Mousquetaires, de Zorro et de Star Wars. Ils se sont mis à l’escrime et je les ai suivis. L’un d’eux a arrêté parce qu’il trouvait que ce n’était pas comme dans les films, mon autre frère et moi nous avons continué.

  

© Mélanie Desmaries
© Mélanie Desmaries

Ce n’est pas trop difficile de concilier entraînements et travail scolaire ?

Pierre : Si, assez. Quand on rentre de l’entraînement on est plutôt fatigués, mais il faut faire les devoirs, réviser pour les contrôles…

Audrenn : Parfois… mais nous sommes deux par classe : je suis avec Edern Annic qui concourt dans la catégorie junior ; moi, je suis en catégorie cadet. Nous n’avons donc pas tout le temps les mêmes compétitions, ce qui nous permet de nous débrouiller sans trop de problèmes quand on est absent. Pour la fatigue, on fait avec !

  

Comment faites-vous pour gérer ces impératifs différents ?

Charles : On apprend à se gérer nous-mêmes.

Jean-Philippe : C’est une question d’organisation, le soir on a entraînement et on travaille. On essaye d’enchaîner le week-end en faisant les devoirs pour les jours à venir. C’est quand même un peu dur car on n’a pas beaucoup de temps pour notre vie « à nous » et pour souffler. Mais on se soutient tous, ceux qui sont à l’internat et au pôle.

Simon : J’aimerais bien avoir la réponse à cette question ! Moi, personnellement, je n’arrive pas à m’organiser et il m’arrive très souvent de m’endormir en cours le matin. Ce n’est vraiment pas évident moralement d’enchaîner les deux, surtout quand on a une mauvaise note au lycée, qu’on a une interrogation le lendemain, qu’on a eu un entraînement difficile, qu’on a perdu et qu’on remarque qu’on n’est toujours pas au niveau ! Je pense qu’il faut vraiment être passionné, mais surtout courageux pour y arriver.

 

© Carla Lassalle
© Carla Lassalle

Qu’est ce qui vous a poussés à quitter votre région et à venir à Tarbes au pôle France ?

Audrenn : Les compétitions. Quand on est à La Réunion, on ne peut pas trop faire du haut niveau comme à Tarbes. J’avais envie de faire des résultats dans des compétitions nationales et internationales.

Jean-Philippe : C’est une expérience unique car il n’y a pas beaucoup de gens qui sont en pôle France.

Simon : C’est le seul endroit où on peut se retrouver entre meilleurs nationaux et c’est vraiment une bonne aventure : dans la vie on n’a pas souvent l’occasion de faire mille kilomètres pour faire quatorze heures d’escrime par semaine !

Jean-Philippe : En fait, on ne pensait pas qu’on serait en pôle France quand on a débuté l’escrime…

Simon : Quand on est entré la première fois dans une salle d’armes, c’était pour se faire plaisir et ici, c’est l’apothéose !

  

Est-ce que vous envisagez une carrière professionnelle dans l’escrime ?

Audrenn : Je ne sais pas trop. C’est difficile d’être professionnel en escrime : même en faisant partie des meilleurs mondiaux, il n’y a pas de salaire réel. Sinon oui, pourquoi ne pas intégrer une équipe de France ? C’est envisageable…

Jean-Philippe : L’escrime n’est pas un sport professionnel vraiment reconnu, on peut intégrer l’INSEP à Paris après le Bac : c’est le centre d’entraînement où sont réunis tous les sports olympiques. Tout le monde ici rêve d’y entrer et, pourquoi pas, de participer un jour aux jeux Olympiques ! C’est également pour cela que nous sommes venus à Tarbes…

Simon : J’aimerais bien aussi être dans le niveau professionnel de l’escrime mais pas en tant que champion du monde. Mon rêve serait d’être entraîneur international et d’entraîner des petits pays comme le Koweït, le Qatar, des pays où financièrement on peut s’en sortir.

  

Tous les titres que vous avez remportés jusqu’à présent, ça vous motive pour la suite ?

Pierre : Ça nous motive pour vouloir faire toujours mieux.

 

Interview de Pierre Mione, préparateur physique du pôle et maître d’armes à l’ATE

Pierre Mione © François Redon
Pierre Mione
© François Redon

Comme dans tous les sports il y a un entraîneur ! En escrime ce sont les maîtres d’armes : le maître Frédéric Baylac est responsable du pôle France sabre de Tarbes et également sélectionneur des équipes de France cadets et juniors. Lors de notre reportage, il n’était malheureusement pas présent pour cause de championnat du monde junior en Croatie.

Nous avons donc rencontré le sympathique maître d’armes Pierre Mione, préparateur physique du pôle, ancien élève de « Théo » et ancien membre du pôle France sabre.

 

Quels sont les objectifs du pôle France sabre ?

Pierre Mione : Les objectifs du pôle France sont à deux niveaux. Il donne la possibilité à des sportifs de haut niveau d’atteindre le très haut niveau en essayant d’intégrer l’INSEP au niveau international en senior. En plus du projet sportif, il permet de suivre un projet scolaire en alliant les études et le sport.

 

Comment les sabreurs sont-ils sélectionnés ?

P.M. : Ils ne sont pas sélectionnés qu’en fonction de leurs résultats sportifs, nous consultons également les bulletins scolaires de leurs années de collège avant qu’ils intègrent le pôle, normalement en Seconde au lycée Théophile-Gautier.

 

Combien de temps restent-ils au Pôle ?

P.M. : S’ils sont destinés à des études que l’on ne peut pas trouver près de Tarbes, ils vont rester pendant les trois années de lycée, un peu plus si malheureusement ils redoublent, ce que nous souhaitons le moins possible. Entre trois et cinq ans, des catégories cadets à juniors.

 

© Carla Lassalle
© Carla Lassalle

Une grande partie de ces sabreurs est en équipe de France. Quels sont leurs résultats internationaux ?

P.M. : C’est ce que nous appelons le « groupe France », ceux qui vont partir en épreuves de la coupe du Monde. Parmi ceux-là, seuls trois sont qualifiés pour les championnats d’Europe ou les championnats du Monde. De « Théo », nous avons par exemple Edern Annic qui a été double vice-champion d’Europe en cadet, cette année nous avons en équipe Charles Colleau et Baptiste Dubarry qui ont terminé vice-champions d’Europe, ce qui est vraiment bien. Il faut souligner la performance de Charles qui avait remporté l’épreuve de coupe d’Europe de Londres. J’en oublie très certainement, mais voilà pour l’essentiel.

 

Pensez-vous former les champions de demain ?

P.M. : Nous l’espérons du moins ! Les résultats en compétition internationale sont de plus en plus durs : on voit qu’il y a de plus en plus de pays qui veulent avoir leur part du gain. Le but d’un pôle France jeunes, c’est de les amener au plus haut niveau dans les catégories cadets à juniors. Ensuite, ils intègrent l’INSEP à Paris pour former « l’élite » senior, comme on a pu le voir avec d’anciens de « Théo » comme Damien Touya ou Nicolas Lopez qui ont trusté les podiums olympiques.

 

Interview Patrick Dousse-Plante, coordonateur scolaire du pôle France sabre

© Florian Angelini
Patrick Dousse-Plante
© Florian Angelini

M. Dousse-Plante, professeur d’EPS au lycée Théophile-Gautier, est coordonnateur scolaire du pôle France sabre.

 

En quoi consiste votre fonction au pôle France sabre ?

Patrick Dousse-Plante : Mon rôle est à la fois simple et compliqué. En venant sur ce pôle, ces sportifs de haut niveau ont un double projet. Un projet sportif : réussir à monter au plus haut niveau possible. Ils ont également un projet scolaire : réussir leurs études. Réussir ses études ne veut pas forcément dire réussir en lycée général mais réussir le parcours d’études qu’ils auront choisi. En ce moment, ils sont plutôt scolarisés au lycée Théophile-Gautier, mais j’ai eu dans les années précédentes des élèves qui préparaient un BTS, un CAP… Les contraintes du pôle sont de faire évoluer ces deux projets. En ce qui me concerne, je m’occupe principalement du projet scolaire.

 

Quelle est précisément votre action dans le projet scolaire ?

P. D.-P. : Mon action consiste à essayer d’aider ces élèves à réussir leur parcours scolaire. Elle peut prendre plusieurs formes. D’abord, celle du suivi des élèves : une fois par semaine, je vais les voir à la salle d’escrime pour qu’ils me rendent compte de leurs notes ou de leurs difficultés. Je discute avec eux et on essaie de trouver ensemble des solutions pour progresser ou éradiquer ces problèmes. Ma deuxième action est de servir de courroie de transmission entre le lycée et la salle et de faire remonter au maître d’armes toutes les remarques sur le comportement de nos élèves et leurs difficultés que j’ai pu obtenir pendant la semaine auprès des enseignants . Soit les difficultés peuvent être résolues rapidement, soit elles sont plus profondes ; dans ce cas nous essayons avec le maître d’armes de mettre en place des actions communes qui peuvent aller jusqu’à la suppression d’entraînements.

Pour conclure, je dirai que ce double  projet est extrêmement lié : la liaison se fait entre le maître d’armes Frédéric Baylac et moi-même afin qu’il y ait une cohérence entre ces deux projets et que ceux-ci arrivent à terme tout en mettant un très fort accent sur la réussite scolaire. La réussite sportive ne se fera jamais au détriment de la réussite scolaire. S’il y en a une sur laquelle ne nous pouvons céder, c’est la réussite scolaire. Le scolaire en premier, tout le temps.

 

Nous tenons à remercier l’ensemble de l’équipe de l’ATE et tous les sabreurs pour leur accueil chaleureux.

 

© François Redon
© François Redon

Reportage de Carla Lassalle, Mélanie Desmaries et François Redon

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