Mini-série judicaire : « Les enfants volés de la Suisse » – Épisode 2

Les enfants de l’assistance publique en Suisse

Face secrète d’une démocratie « qui n’a rien à cacher » 

 

Épisode 2 : Des maisons de rééducation semblables à des prisons

 

Les institutions religieuses

Ces établissements étaient isolés, entourés d’un domaine agricole. Une école était présente sur place, mais les enfants n’y recevaient qu’une éducation sommaire et passaient leurs journées aux champs, et à entretenir l’établissement.

Dans les dortoirs, les enfants étaient à deux par lit. Comme punition, ceux qui étaient trop jeunes pour être propres dormaient dans leur urine trois jours de suite. La toilette se faisait à l’eau froide. Leurs repas étaient insuffisants par rapport à leur croissance et au travail physique, ce qui favorisait les carences et les maladies. Ils bénéficiaient de très peu de soins médicaux. De nombreux adultes victimes de ces mauvais traitements lors de leur placement en portent encore des séquelles.

Photo © Louise Gentillet
Photo © Louise Gentillet

La discipline était implacable dans les institutions religieuses. Toute entorse aux règles était passible de châtiments corporels. En cas de paresse, de fatigue ou de maladie, l’enfant ne mangeait pas au repas suivant. Si la faute  était plus grave, il allait au cachot, où il était isolé jusqu’à deux semaines, ne recevant que deux portions de nourriture par jour. La punition n’était jamais donnée sur le moment, ils la recevaient quelques jours plus tard afin d’entretenir un stress permanent. 

Les adultes responsables n’hésitaient pas à abuser de leurs pensionnaires. Les viols, atteintes à la pudeur, et attouchements sexuels n’étaient pas rares dans les institutions religieuses, et les enfants gravement punis s’ils en parlaient à des camarades ou à quiconque.

Chez les fermiers non plus la vie de ces enfants n’était pas enviable. Bien que les familles d’accueil fussent volontaires pour « éduquer » ces enfants, ils les traitaient comme de la main d’œuvre gratuite. S’ils étaient trop petits pour être utiles aux champs, ils allaient à l’école, puis faisaient leurs devoirs sous le regard sévère de la maîtresse de maison. Tant que les leçons n’étaient pas sues à la perfection, et les exercices impeccables, personne ne jouait, personne ne riait ; et les jeunes élèves se transformaient déjà en bêtes de somme.

A partir de sept ou huit ans, les enfants n’allaient plus à l’école, et les rares moments de détente et de joie se terminaient. Ils passaient leurs journées aux champs, et leurs soirées à se faire gronder sur la vitesse et la qualité de leur travail. L’alcool coulant à flot dans les campagnes suisses, un rien était prétexte à frapper. Il arrivait même que l’enfant travaille comme coursier, laveur de vitre, balayeur ou autre petit boulot, contre un salaire modique, pour que la famille n’ait pas à lui payer ses vêtements ou ses repas.

 

Photo © Louise Gentillet
Photo © Louise Gentillet

Les tuteurs étaient des fonctionnaires chargés de veiller à la qualité de vie de leurs pupilles. Ils auraient pu s’atteler à leur tâche et empêcher que tant de destins soient brisés, mais les cantons leur attribuaient en moyenne 115 enfants. Ils ne pouvaient pas tous les suivre ou les visiter, sans compter qu’ils avaient un emploi à côté. Pour empêcher que la condition des enfants ne se sache à l’extérieur des centres, le directeur faisait un important repas, qui durait environ trois heures, à la venue de chaque tuteur. N’ayant plus de temps à consacrer aux enfants, le tuteur s’en allait en ne sachant rien sur eux. De plus, la plupart des pupilles étaient envoyées dans un canton différent de celui de leur tuteur.

 

Dans le dernier épisode de notre mini-série judiciaire, nous découvrirons que les enfants n’étaient pas les seules personnes touchées par ce scandale suisse. Nous essayerons également de comprendre la vie des tuteurs et ce qu’il reste aujourd’hui de l’affaire des enfants volés.

 Louise Gentillet

Mes sources :

http://www.notrehistoire.ch/group/lenfance-volee-en-suisse/

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/suisse-le-scandale-des-enfants-parias_1265422.html

http://www.franceinter.fr/emission-le-grand-bain-suisse-l-histoire-des-enfants-places-ressurgit-du-passe

 

Prochain épisode : mardi 15 octobre

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