Mini-série judicaire : « Les enfants volés de la Suisse » – Épisode 1

Les enfants de l’assistance publique en Suisse

Face secrète d’une démocratie « qui n’a rien à cacher »

 

Épisode 1 : Les grandes lignes d’une affaire méconnue

 

Nous sommes dans la Suisse de l’après-guerre, une Suisse encore paysanne et industrielle, où la population vit dans la pauvreté, et a une

Photo © Louise Gentillet
Photo © Louise Gentillet

confiance aveugle envers son administration, qui prétend pouvoir en faire le pays riche que nous connaissons aujourd’hui. Pour atteindre cet objectif, il faut une population qui obéisse au doigt et à l’œil aux autorités, qui respecte scrupuleusement les devoirs citoyens et moraux.

 

Afin que chaque enfant bénéficie d’une éducation stricte, l’État permet aux cantons, dans certains cas graves et justifiés, de placer un ou plusieurs enfants dans une famille d’accueil ou un orphelinat, où leur éducation sera prise en charge. Mais dans un pays où les cantons s’octroient bien des pouvoirs, cette assistance sociale s’est transformée en emprisonnement, où la soumission et la souffrance furent la routine de milliers d’enfants. Environ 150 000 enfants ont été victimes de la politique d’aide et de protection sociale, instaurée vers 1930 et abolie officiellement en 1981.

Les enfants étaient placés dès que le cadre familial n’était pas conforme aux normes bourgeoises : une mère seule, un père alcoolique, la mort des parents, une demande d’allocation auprès de l’État, un enfant né hors-mariage, une situation de concubinage après un divorce, les raisons étaient nombreuses pour arracher des enfants des bras de leurs parents.

Moins communément, il arrivait que l’on « rééduque » des adolescents devenus délinquants, ou des jeunes filles mères, pour leurs mauvaises mœurs.

La délation était extrêmement répandue : un voisin qui entend régulièrement des disputes, qui aperçoit un magazine porno sur une table, qui juge que la famille n’aime pas assez ses enfants, et le foyer reçoit la visite d’une assistante sociale. La plupart du temps, le rapport conseille le placement.

 

Photo © Louise Gentillet
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Celui-ci est toujours brutal : sans prévenir, le tuteur de l’enfant vient le récupérer et l’amène dans l’institution qui lui a été destinée, ou dans le cas d’orphelinat, prétexte des vacances pour le déplacer dans une famille d’accueil, où, souvent, il sera valet de ferme.

Les parents n’avaient pas le droit de réclamer leurs enfants. Une fois que l’État s’en était emparé, rien ne pouvait les ramener. Les visites étaient tolérées, mais les établissements s’attachaient à éloigner les parents de l’enfant par plusieurs moyens. Les lettres étaient censurées : les enfants ne devaient pas se plaindre, ni raconter ce qui se passait ; les lettres trop affectueuses n’étaient pas envoyées, afin d’émousser les liens familiaux. Des parents trop insistants auprès des ministères ont été internés en asile, pour avoir perturbé l’ordre public.

Dans le prochain épisode, nous verrons comment ces enfants étaient traités dans les établissements religieux ainsi que dans les familles d’accueil. 

Louise Gentillet

Mes sources :

http://www.notrehistoire.ch/group/lenfance-volee-en-suisse/

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/suisse-le-scandale-des-enfants-parias_1265422.html

http://www.franceinter.fr/emission-le-grand-bain-suisse-l-histoire-des-enfants-places-ressurgit-du-passe

 

Prochain épisode : mardi 8 octobre

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