Rentrée masquée

Un mois s’est écoulé depuis cette rentrée un peu particulière ; l’équipe de votre journal préféré est partie à la pêche aux témoignages pour recueillir le ressenti d’une soixantaine d’élèves et d’une douzaine de professeurs sur le protocole sanitaire en vigueur au lycée. Malgré quelques difficultés à reprendre pour certains, tous les interrogés nous disent avoir passé une bonne rentrée, accompagnée chez les professeurs comme chez les élèves d’un certain soulagement de retrouver une vie sociale et une routine rassurante.

Des difficultés à reprendre le rythme, une conséquence du confinement ? Oui pour 25% des élèves interrogés, mais seul un élève sur dix évoque des lacunes de savoir « pour le moment ». Une élève de terminale soulagée nous dit que « les professeurs prennent en compte le confinement » et les possibles manques de connaissance qu’il a entraînés. Du côté des enseignants, pas de complications à ce niveau, mais le souvenir du confinement reste présent. M. Dupouey, professeur de philosophie, déplore un support numérique « pas adapté » et « mauvais ». Beaucoup essaient cependant de prévoir un éventuel « reconfinement », en intégrant par exemple plus de liens et de contenus vidéo dans leurs cours, ou en formant lycéens et enseignants aux fonctionnalités de l’ENT.

Concernant le protocole sanitaire en lui-même, les avis sont partagés. Entre « incontestablement contraignant », « compliqué », « anxiogène » et « pas insurmontable » pour Mme Bernes-Heuga -qui salue la présence de gel dans  tout l’établissement et une bonne organisation-, en passant par « inutile » pour une professeure interrogée, l’équipe des enseignants apprend à vivre avec. Si certains élèves y voient une légère perte de temps, beaucoup sont d’avis que le lavage de mains régulier est une bonne chose et un quart juge le protocole dans sa totalité « non-contraignant ». Enfin, si une grande partie reconnaît qu’il est important de le respecter, l’autre dit le faire seulement par obligation.

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Mais si un sujet divise moins que les autres, c’est celui du masque. Il est accusé de tous les maux : il empêche de se concentrer, de respirer, de comprendre (surtout les cours de langues), de parler, de reconnaître les gens,  provoquerait des boutons, une mauvaise haleine, il embue les lunettes, coûte cher ou demande trop de lavages. Mais surtout,  il a tenu très chaud au milieu du mois de septembre, où une élève de terminale nous disait être « au bord du malaise » et Eloïse, en première, scandait avec ferveur : « J’ai chaud ! ». Les professeurs eux aussi se plaignent de toutes ces difficultés, auxquelles ils ajoutent la complexité d’apprendre les noms d’élèves à moitié sans visages et la baisse de la participation des lycéens qui rappelle douloureusement à certains le monologue qui s’était installé durant le confinement. M. Lascassies, professeur de Mathématiques, regrette également de ne plus pouvoir compenser une surdité partielle en lisant sur les lèvres des élèves. Cependant, tous disent s’habituer de plus en plus à tous ces changements, voire très bien s’habituer pour certains. En effet, tous les interrogés portant un masque en tissu fait maison ou original (bien qu’ils ne soient encore que peu) estiment qu’il pourrait devenir ou bien est déjà devenu un accessoire de mode. Certains pensent même avec admiration aux masques de M. Hellio toujours assortis à ses magnifiques cravates Fornasetti. Mme Bernes-Heuga, écologiste convaincue, encourage le masque en tissu et dit « déplorer chaque jour le nombre de masques qu'[elle] voit par terre dans la rue ».

Mais certains d’entre vous se demandent peut-être : « Tout de même, est-ce que tout le monde reste sérieux malgré toutes ces règles ? Est-ce qu’il n’y en a pas qui font un peu semblant ? ». Et bien, sachez que 82% des élèves interrogés déclarent continuer à faire attention aux mesures sanitaires en dehors du  lycée, quelques uns se disant d’ailleurs scandalisés par le comportement des autres (masque sous le nez, sur le menton parfois en dehors des cours). Norin, en première, estime qu’enseignants et lycéens devraient davantage faire abstraction des inconvénients du masque pour encourager à faire respecter son port. Les professeurs, eux, sont partagés : certains saluent la conscience et le soin des élèves, d’autres déplorent leur comportement : une professeure nous dit qu’ils « ne se rendent pas compte », un autre signale des difficultés à leur faire respecter le protocole en EPS qu’ils oublient… Si quelqu’un peut se vanter de mettre presque tout le monde d’accord contre lui, c’est le groupe d’élèves non masqués qui s’attroupe devant le lycée le matin et le soir et que même les nouvelles mesures ont bien du mal à recadrer.

Clémence Deutsch