STIЯ #1

A chaque édition, les actualités récurrentes de STIЯ seront  données en #hashtag et porteront sur une problématique présentée dans un sommaire.

▬ Cette quinzaine :

#Russie : Comment en est-on arrivé à l’annexion de la Crimée, jusque-là ukrainienne, par la Russie ? Faut-il s’attendre à d’autres initiatives séparatistes ? Quel rôle joue la Russie dans des évènements qui font craindre le déclenchement d’une guerre civile dans le sud et l’est de l’Ukraine ?

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#RUSSIE

La Crimée est une région conquise sur l’Empire Ottoman par l’Empire Russe au XVIIIième siècle. Sa démographie a été alors stimulée et son cosmopolitisme amplifié par la politique de repeuplement chrétien de Catherine II. Dans un contexte de pacification des relations entre russes et tatars musulmans, la tsarine ouvre les portes de la Crimée à des allemands, des arméniens, des moldaves, des grecs et des russes.

© thierry ehrmann - https://secure.flickr.com/photos/home_of_chaos/13384324515
© thierry ehrmann – https://secure.flickr.com/photos/home_of_chaos/13384324515

Deux siècles plus tard, en 1917, à la chute du tsarisme et à la création de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, la Crimée, comme l’Ukraine, restent sous influence russe, mais sont reconnues comme entités à part entière de l’Union. Un statut de république que perdra la Crimée à la Libération, alors que sa population tatar, accusée par Staline de collaboration avec l’occupant nazi, est massivement et brutalement condamnée à un exil forcé vers d’autres républiques orientales. A la mort du dictateur en 1954, son successeur Nikita Khrouchtchev, décide de rattacher ce territoire à l’Ukraine. La Crimée n’était plus russe, elle n’en demeurait pas moins soviétique.

Et c’est l’éclatement de l’URSS en 1990 qui éloigna la Crimée, partie intégrante de l’Ukraine, du giron russe… jusqu’à ces dernières semaines.

© RTS - http://www.rts.ch/2014/03/05/16/49/5666968.image?w=517
© RTS – http://www.rts.ch/2014/03/05/16/49/5666968.image?w=517

Bref rappel chronologique : après une répression sanglante (une centaine de victimes), les manifestants de la place de l’indépendance, le Maïdan, à Kiev, proeuropéens pour la plupart, parvenaient finalement en février dernier à renverser la présidence de V. Ianoukovich, partisan d’un rapprochement avec la Russie. L’ex-président était alors contraint à prendre la fuite (en Russie). Lui étaient reprochés pêle-mêle un régime autocratique, un abus de pouvoir et un enrichissement personnel, une corruption généralisée ainsi que le rejet d’un accord financier avec l’Union européenne. Souhaitant assurer un bon déroulement des Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi et soucieux de son image à l’étranger, V. Poutine s’est bien gardé d’intervenir durant la période.

Mais très vite des opposants au nouveau pouvoir central pro-européen se font entendre en Crimée, aujourd’hui majoritairement russe. Ils sont soutenus par des groupes paramilitaires rapidement identifiés comme des éléments des forces spéciales russes, qui obligeront les militaires ukrainiens à plier bagage. Les conditions sont réunies pour l’organisation d’un référendum le 16 mars portant sur l’annexion de la région par la Russie ; le « oui » l’emporte à une majorité de plus de 96%, les opposants n’ayant pas pu ou pas voulu se déplacer. La Crimée, malgré les protestations timides de la communauté internationale et quelques sanctions économiques, est désormais russe. Une prise stratégique pour V. Poutine puisque l’annexion de la Crimée lui offre un accès précieux à l’espace maritime méditerranéen.

© Elizabeth Arrott — Voice of America website - https://fr.wikipedia.org/wiki/Crim%C3%A9e#mediaviewer/Fichier:Selbstverteidigung.jpg
© Elizabeth Arrott — Voice of America website – https://fr.wikipedia.org/wiki/Crim%C3%A9e#mediaviewer/Fichier:Selbstverteidigung.jpg

C’est aujourd’hui  l’est du pays, dont la population est elle aussi russophile, qui s’embrase. Des groupuscules paramilitaires organisent la sécession, affrontent les troupes ukrainiennes et projettent l’organisation d’un référendum le 11 mai prochain portant sur l’indépendance de  la république auto-proclamée de Donetsk et devant conduire aussi à l’annexion de la région par la Russie (NDLR : réponse positive de la population à 80% mais ce vote est « une farce criminelle organisée par le Kremlin » selon Kiev). Les troubles ont récemment touché encore le sud du pays et la région d’Odessa où des affrontements entre pro-russes et pro-ukrainiens ont fait plusieurs dizaines de morts. Une région particulièrement sensible puisqu’elle représente l’accès à la mer Noire et le couloir est-ouest vers la Transnistrie, un territoire détaché de la Moldavie où stationnent des troupes russes.

Le 25 mai prochain, les pays de l’Union Européenne éliront leur nouveau Parlement, tandis que les ukrainiens choisiront leur Président. Un scrutin que dénonce V. Poutine au motif que des élections ne peuvent se tenir dans cette situation de chaos général. Ce qui ne l’empêche pas de soutenir l’organisation par Bachar El-Assad d’élections présidentielles en Syrie.

© NordNordWest - http://fr.wikipedia.org/wiki/Donetsk#mediaviewer/Fichier:Ukraine_location_map.svg
Donetsk © NordNordWest – http://fr.wikipedia.org/wiki/Donetsk#mediaviewer/Fichier:Ukraine_location_map.svg

Dans ces évènements et la réaction du peuple russe, dans l’assurance de Poutine, certains voient la naissance d’une nouvelle forme de nationalisme russe. A l’étranger, les opinions divergent entre « russolâtrie » et « russophobie ». Ainsi, plusieurs questions restent en suspens. Plus de vingt ans après la fin de la guerre froide, retombe-t-on dans une période de tension entre les restes de l’ancienne Union Soviétique et la coalition des pays occidentaux ? La réaction de ces derniers était-elle suffisamment forte, ou judicieuse ? Le remuement des cendres de l’URSS par les plus craintifs est-il vraiment légitime, ou tend-il vers une nouvelle chasse aux sorcières ? 

Guillaume Bessis

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