« Aujourd’hui la jeunesse ne respecte plus rien »… Vous avez sûrement déjà entendu des remarques de ce style dans votre vie. Mais est-ce que c’est véridique ? C’est ce que j’ai essayé d’analyser dans cette article. Pour cela je me suis basé sur plusieurs études. Ensuite, j’ai divisé cela en différents thèmes pour vérifier si c’était vraiment mieux avant.
Tout d’abord, cette tendance à ressasser le passé et à dénigrer la nouvelle génération, elle porte un nom : le passéisme. Ce phénomène existe depuis plus de 2000 ans puisque le philosophe grec Socrate critiquait déjà la jeunesse au IVème siècle avant Jésus-Christ : « Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe, ils sont mal élevés, méprisent l’autorité, n’ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler.» Selon le philosophe Serge Ciccotti, interrogé par France Culture à ce sujet, ce phénomène s’explique par le fait que la mémoire retient les évènements positifs en majorité, alors que nous serions plus sensibles aux informations négatives qu’à celles positives. C’est le « biais de négativité« . De plus, les réseaux sociaux créent un effet de loupe sur ce phénomène avec l’information instantanée.

Pour observer s’il existe vraiment une régression sur la qualité de vie depuis quelques années, j’ai décidé de comparer différents thèmes.
Tout d’abord, intéressons-nous à la consommation de drogues et d’alcool :
Une baisse conséquente de la consommation de tabac est observée : en France, il y a 15,6% de fumeurs quotidiens chez les adolescents de 17 ans en 2022 contre 25% en 2017. Il y aussi 26% de fumeurs réguliers chez les hommes aujourd’hui contre 44% en 1980. Contrairement au nombre de femmes qui lui est stable. Enfin, 8 millions de fumeurs ont été recensés en 2024 contre 12 millions en 2014 par la MILDECA. On peut donc en déduire la baisse nette de consommation de tabac en France malgré l’arrivée du vapotage qui est encore difficile à recenser.
De plus, la consommation de drogues a diminué chez les adolescents avec 39,1 % des adolescents avouant avoir essayé le cannabis en 2022 contre 50 % en 2002 d’après Santé Publique France. Le problème de notre génération, c’est l’apparition de drogues nouvelles comme le protoxyde d’azote, le GHB… En outre, le marché de la drogue est en forte expansion selon MILDECA avec une augmentation de 189% entre 2010 et 2023 passant d’un chiffre d’affaire d’environ 2,3 milliards d’euros à 6,8 milliards d’euros. Tous les marchés sont à la hausse, ce qui signifie que la part d’adultes consommant de la drogue augmente mais celle des jeunes semble diminuer. Cependant, il est difficile de quantifier le nombre de consommateurs exact car c’est un marché clandestin et donc seulement une partie des consommateurs affirment en utiliser.
De même, le nombre de consommateurs réguliers d’alcool a nettement diminué : en 2000, 65% des français consommaient de l’alcool régulièrement contre 39% en 2024. De plus l’alcool commence à ne plus être considéré comme une norme en France et les gens commencent à comprendre sa dangerosité en cas d’excès. La consommation chez les jeunes a diminué aussi avec 20% des jeunes qui affirment n’avoir jamais goûté à l’alcool aujourd’hui contre 10% en 2000. Cependant, une nouvelle mode a fait son apparition depuis plusieurs décennies, c’est le « binge drinking » : c’est-à-dire que des personnes, les jeunes en particulier, vont, de manière occasionnelle, consommer une grande quantité d’alcool en très peu de temps. Auparavant, la consommation d’alcool était plus réduite mais elle était régulière alors il y a quand même une baisse nette de la consommation d’alcool. Malgré tout, l’alcool est encore bien ancré dans la société même si sa consommation est devenue festive. Vous pouvez aller consulter deux vidéos portant sur ce sujet et réalisée par l’INA et Hugo Décrypte ( jusqu’à 6 minutes 41).

L’insécurité :
La criminalité est beaucoup discutée sur les chaînes d’information qui soulignent son augmentation. Mais le taux de criminalité est un chiffre proportionnel à la population donc il augmente mais la population aussi. De plus, si entre les années 40 et 80, la criminalité a fait une progression fulgurante, avec une insécurité croissante, elle est en train de se stabiliser depuis plusieurs décennies malgré une certaine augmentation.
Les accidents routiers étaient une vraie problématique à l’époque avec un pic de la mortalité routière en 1972. L’ Etat a dû agir en rendant obligatoires les ceintures de sécurité par exemple ou en améliorant le code de la route en 1990 notamment. La route aujourd’hui est beaucoup plus sécurisée qu’elle ne l’était auparavant avec des voitures de meilleure qualité et la prise de conscience des dangers. En 1972, 18 113 personnes étaient tuées contre 3 000 personnes aujourd’hui, témoin de la sécurisation de la route au fil des années.



L’environnement :
Aujourd’hui, le réchauffement climatique est au cœur des préoccupations et s’aggrave chaque jour. Nous vivons dans une société de surconsommation et utilisons de plus en plus d’énergies fossiles dont la consommation mondiale a plus que doublé en quarante ans, même si en France celle-ci est en baisse de presque 7% en quinze ans. La baisse de la biodiversité est telle qu’on la décrit en effondrement, avec des évolutions dévastatrices comme la chute de 69% de la population des animaux vertébrés sauvages en cinquante ans !
Cependant, à cause de ces phénomènes, il y a eu une véritable prise de conscience par rapport à la pollution. Quelques décennies auparavant, la majorité de la population ne se souciait à aucun moment des énergies renouvelables, du tri des déchets et de faire attention à la planète. Maintenant, 43% des déchets sont recyclés en France et de nombreuses personnes font des efforts à leur niveau. 92% des français estiment qu’il faut protéger davantage notre environnement ! Malgré cela, le climato-scepticisme, qui s’opposent aux consensus scientifiques, prend de la place dans les médias mais aussi dans les décisions politiques avec le président américain Trump, freinant ainsi les actions en faveur de l’environnement.

Le niveau de vie et le pouvoir d’achat
Dans cette étude de l’INSEE, on apprend que le pouvoir d’achat des français a été multiplié par cinq en soixante ans, même si une majorité des français ne le ressent pas, à cause notamment d’une augmentation plus stagnante depuis la crise financière de 2008. L’INSEE utilise des calculs qui permettent de calculer le pouvoir d’achat »arbitrable par UC » qui prend davantage en compte les situations individuelles et les frais pré-engagés et difficilement renégociables comme les loyers, abonnements … et calcule ainsi un multiplication du pouvoir d’achat par 2,5.
Celle-ci a permis aux français d’acheter bien plus de biens et de services engendrant un tout autre confort dans le logement, les transports, un tout autre accès aux loisirs, au tourisme, aux technologies, à l’alimentation, entre autres.
Cela a modifié le budget des ménages : quand l’alimentation représentait 35% du budget en 1960, il n’en représente plus que 16% maintenant, mais en parallèle, les dépenses pré-engagés ont plus que doublé (logement, énergies, assurances, communication…) qui peuvent représenter près d’un tiers du budget des 20 % des français les plus pauvres dépendant ainsi de chaque évolution des tarifs comme lors de l’inflation subie ces dernières années !
Justement, si l’augmentation du pouvoir d’achat avait permis une baisse globale de la pauvreté en France, celle-ci est plutôt en augmentation à présent. En 2023, le taux de pauvreté atteint 15,4 %, son plus haut niveau depuis le début du décompte en 1996 et l’écart entre les 20 % les plus riches et les 20 % les plus pauvres s’est creusé, proche de celui du début des années 1970 !
Ainsi, même si les Français vivent matériellement bien mieux qu’avant, ils ont aussi plus de dépenses obligatoires provoquant un sentiment de contraintes. Et c’est même un sentiment d’injustice qui est ressenti par les plus pauvres, en grosses difficultés alors que les plus riches gagnent à présent 167 fois plus qu’eux, contre 95 fois il y a deux décennies.

Finalement, peut-on qualifier la phrase « c’était mieux avant » de réalité ?
Ce que l’on peut constater est que le progrès, bien qu’il apporte des avancées majeures, génère souvent des effets secondaires imprévus et souvent négatifs. Internet en est un très bon exemple puisqu’il a révolutionné l’accès à la connaissance, à la culture pour tous, tout en étant aussi un dangereux moyen de désinformation ! Il a permis la communication entre tous mais a aussi créé de nouvelles formes d’isolement, de dépendance, avec des conséquences psychologiques inquiétantes.
S’il existe des domaines où la vivabilité de la société s’est dégradée, comme la drogue par exemple, nous avons aussi constaté des évolutions bien plus positives pas toujours mises en avant. Certaines personnes les trouvent néfastes, et d’autres les trouvent mélioratives. Personnellement, je pense que toute cette histoire de passéisme est assez superflue, surtout que les plus critiques ont surement contribué à ces changements. La société a évolué, il faut apprendre à vivre avec son temps, ne pas se laisser submerger par les informations négatives et contribuer par nos actions à une évolution positive.
Matteo ROCHEREAU

