Une jeunesse « accro aux écrans « , vraiment?

accros aux écrans
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Individualiste et désengagée, accro aux écrans et fainéante, frivole et irrespectueuse, voici, entre autres, ce que l’on peut entendre sur la jeunesse d’aujourd’hui !

Clichés ou réalités ? Théonet/Unionet a décidé de mener l’enquête sur la jeunesse en collaboration avec … vous, lecteurs , si vous voulez bien répondre aux différents sondages que l’on va vous proposer !

Théonet/Unionet enquête sur la jeunesse :

Épisode 3/ Une jeunesse <<accro aux écrans et fainéante>>, vraiment ?

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Une jeunesse "accro", vraiment ?

Combien de temps pensez vous passer sur les écrans par jour ? (smartphone, télévision, ordinateur compris)

Les adolescents français de 13 à 19 ans passent en moyenne plus de 5 heures par jour devant les écrans.

Plus précisément, les jeunes de 16 à 19 ans atteignent 5h12 pour les garçons et 5h09 pour les filles selon une étude de l’Ipsos

Ce temps a explosé ces dernières années, avec une augmentation de six heures par semaine entre 2011 et 2022. Pour contextualiser, cela représente plus d’un tiers de leur vie éveillée passé devant un écran, hors temps scolaire.

D’après la toute dernière étude du CNL, les 15-24 ans passent en moyenne 35 heures et 16 minutes sur des écrans par semaine, hors temps scolaire ou professionnel.

Source principale : Étude Ipsos pour le Centre National du Livre (2024)

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Que faîtes vous le plus sur vos écrans ?

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Si vous êtes inscrits sur des réseaux sociaux, lesquels utilisez-vous le plus ?

Selon une étude Diplomeo menée en 2025 auprès de 444 jeunes âgés de 16 à 25 ans, Instagram arrive en tête avec 76% d’utilisateurs, suivi de Snapchat (63%) et TikTok (60%). Le temps d’utilisation varie considérablement : 35% y consacrent entre 1 et 3 heures par jour, 28% entre 3 et 5 heures, et 23% dépassent les 5 heures quotidiennes.


Selon une étude de l’Arcom cette fois-ci, les 12-17 ans passent en moyenne 35 à 40 minutes par jour sur TikTok et Snapchat, ces deux plateformes captant à elles seules la moitié du temps passé sur internet par les jeunes français.

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Vous sentez vous addicts aux écrans ? Comment vous placez-vous sur une échelle de 1 à 5 (5 étant le niveau d’addiction le plus fort) ?

Selon la même étude de Diplomeo, 88% des jeunes interrogés déclarent ne pas pouvoir se passer des réseaux sociaux au quotidien. Les principales activités consistent à discuter avec des amis, passer le temps (61%), suivre l’actualité (60%), se détendre (51%) et suivre des influenceurs (27%).

Source : Étude Diplomeo & Blog du Modérateur (2025)

Observation importante

Beaucoup de jeunes ouvrent leur téléphone machinalement lors de moments de pause, non par réel besoin, mais pour éviter de se faire remarquer et se fondre dans la masse. Le téléphone devient un bouclier social contre le regard des autres, révélant peut-être davantage un problème de confiance en soi et de pression sociale qu’une simple addiction technologique.

Signes d’alerte d’une surexposition

  • Besoin compulsif de vérifier son téléphone sans raison

  • Perte de notion du temps en ligne au détriment des obligations

  • Frustration et anxiété en l’absence de téléphone

  • Procrastination et perte d’intérêt pour d’autres activités

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Ressentez-vous des effets négatifs après une longue exposition aux écrans ? Si oui, lesquels ?

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D’après l’INSEE, en 2023, 34 % des internautes de 15 à 74 ans déclarent au moins un effet néfaste lié à l’usage des écrans dans la vie courante, en dehors des temps d’étude ou de travail. Les plus jeunes sont particulièrement concernés : 57 % chez les moins de 20 ans et 49 % chez les 20-34 ans.

L’effet néfaste qui revient le plus souvent est, de loin, la réduction du temps de sommeil (25 %), suivi du fait de négliger d’autres activités de loisirs (10 %) et des sensations d’obsession vis‑à‑vis des écrans (9 %). En outre, 5 % des internautes déclarent avoir des conflits avec leur entourage en raison de leur usage des écrans et 4 % se sentir déprimés à cause des écrans.

Modifications structurelles du cerveau

L’étude ABCD (Adolescent Brain Cognitive Development) menée par les Instituts nationaux américains de la santé (NIH) sur 11 000 enfants révèle des résultats inquiétants. Les IRM montrent un amincissement prématuré du cortex chez les enfants utilisant smartphones, tablettes et jeux vidéo plus de 7 heures par jour, phénomène considéré comme un processus de vieillissement prématuré du cerveau

Les sources complémentaires: ici et .

Les études montrent également des modifications dans la matière blanche cérébrale, traduisant une diminution de la connectivité neuronale impliquée dans le langage, ce qui peut entraîner des retards dans le développement du langage et de la lecture.

Perturbations du sommeil

L’exposition à la lumière bleue des écrans perturbe l’horloge biologique en empêchant la libération de mélatonine, l’hormone du sommeil. Cette perturbation décale l’endormissement, et l’effet est deux fois plus important chez les enfants et adolescents que chez les adultes.

Sources : Études ABCD (NIH), JAMA Pediatrics, recherches en neurosciences cognitives

Augmentation du risque de dépression

Une étude française majeure de l’AP-HP et de l’Inserm coordonnée par le Pr Nicolas Hoertel révèle qu’un usage excessif des réseaux sociaux serait associé à 590 000 cas supplémentaires de dépression chez les jeunes nés entre 1990 et 2012.

Des études montrent que limiter l’utilisation des réseaux sociaux à 30 minutes par jour améliore significativement l’anxiété, la dépression, la solitude et le syndrome FOMO (« fear of missing out », la peur de rater quelque chose).

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Utilisez-vous les réseaux sociaux en étant conscient de leur fonctionnement ?

Derrière l’apparente simplicité de TikTok et Instagram se cachent des algorithmes sophistiqués, conçus pour maximiser le temps passé sur les plateformes. Sur TikTok, le critère roi reste le revisionnage : plus une vidéo est regardée plusieurs fois, plus elle sera diffusée massivement. La durée de visionnage, les likes et les commentaires envoient également des signaux positifs à l’algorithme, qui amplifie alors la portée du contenu. Les tendances, challenges et musiques virales bénéficient d’un traitement de faveur. Particularité notable : contrairement aux idées reçues, le nombre d’abonnés ne joue aucun rôle dans la viralité d’une vidéo. N’importe qui peut ainsi se retrouver propulsé devant des millions de regards.

Instagram fonctionne différemment, en privilégiant avant tout les interactions. Plus vous échangez avec un compte par messages ou commentaires, plus ses publications apparaîtront dans votre fil d’actualité, créant un cercle vicieux d’engagement. Les hashtags permettent d’atteindre de nouveaux utilisateurs, tandis que l’algorithme analyse en permanence vos centres d’intérêt pour vous proposer des contenus ultra-ciblés. Si vous passez du temps sur des vidéos de mode vintage, la plateforme vous inonder de contenus similaires. Instagram privilégie désormais, à l’image de TikTok, les contenus recommandés plutôt que le fil des abonnements, transformant l’expérience en un flux continu de suggestions personnalisées.

Les deux plateformes sanctionnent les tentatives de manipulation : achats d’abonnés, spams, contenus republiés sans originalité. Mais leur véritable génie réside ailleurs : en analysant chaque seconde passée sur une vidéo, chaque interaction, chaque hésitation, ces algorithmes apprennent à connaître leurs utilisateurs mieux qu’eux-mêmes. Ils créent des bulles de contenu sur mesure, où chacun voit défiler ce qui le captive le plus, rendant la déconnexion toujours plus difficile. Le temps d’écran n’explose pas par hasard : il est le fruit d’une ingénierie minutieuse visant à retenir l’attention coûte que coûte.

Le vrai danger

Le vrai danger des algorithmes réside dans leur capacité à nous enfermer dans des bulles de confirmation. Si tu aimes le football, l’algorithme te montrera non seulement du contenu sur le foot, mais aussi des vidéos de gens qui critiquent violemment ce sport, pour t’inciter à réagir et à passer plus de temps sur l’application.

En politique, si l’algorithme détecte que tu es de droite, il te proposera exclusivement des contenus de droite et des vidéos caricaturant les opinions de gauche, renforçant tes convictions sans jamais les questionner. L’algorithme vous conforte dans vos opinions sans jamais les remettre en question et, accessoirement, vous pousse à détester les avis contraires.

Plus vicieux encore, si l’algorithme comprend que tu es mal dans ta peau, il te proposera des vidéos déprimantes et mélancoliques qui t’enfoncent davantage, car cela génère de l’engagement. Les jeunes développent ainsi un esprit tranché, sans remise en question, et peuvent adopter des positions virulentes lors de débats.

Les algorithmes ne sont pas conçus pour notre bien-être, mais pour maximiser notre temps de connexion, quitte à exploiter nos failles psychologiques.

Pourquoi les jeunes ont du mal à décrocher malgré tout ?

Facteurs sociétaux

En plus des moyens utilisés par les algorithmes des réseaux sociaux, on peut émettre d’autres causes à l’addiction aux écrans, et elles sont de l’ordre sociétal. Beaucoup d’organismes de santé se rejoignent dans l’idée qu’il est plus facile de devenir accro lorsque l’on est en proie à une pression sociale qui nous pousse à rester connecté pour ne pas se sentie exclu de son groupe social. De plus, dans certaines sociétés l’utilisation des écrans est normalisée donc il est difficile de résister, surtout quand même dans les foyers l’utilisation des écrans est banalisée. Cette normalisation des écrans s’étend même dans le sphères scolaires et professionnelles. Si on travaille de plus en plus avec des outils numériques il est plus facile de transformer une exposition nécessaire à une exposition excessive. L’isolement social provoqué par la pandémie de Covid-19 a aussi débloqué pour de nombreuses personnes des habitudes connectées aux écrans pour passer l’ennui ou pour remplacer ce que l’on faisait avant en présentiel en version numérique (comme avec le télétravail). 

Une question psychologique

A l’adolescence on a tous besoin de s’émanciper de la structure familiale. Passer du temps devant son écran devient un moyen de trouver d’autres repères et aide l’adolescent timide à être en lien avec les autres sans la pression du face-à-face. En parlant de face-à-face, parlons en. Certaines personnes, pas uniquement les jeunes, ayant des difficultés à tenir des interactions sociales dans la vie réelle peuvent se tourner aisément vers les interactions en ligne qui peuvent être vues comme moins intimidantes. Ceux vivant seul ou isolées peuvent aussi prendre les écrans pour combler un vide social. Enfin, les écrans sont un échappatoire facile pour fuir les problèmes quotidiens et le stress. C’est exactement le même phénomène qu’avec les addictions au tabac ou à la drogue. 

Pour autant, les réseaux sociaux,  et plus largement les écrans, sont-ils nécessairement une mauvaise chose ?

On constate que les réseaux sociaux se remplissent d’influenceurs et de créateurs de contenus spécialisés dans la culture, dans l’art, dans les sciences…  Que se soit quand il s’agit d’expliquer un mouvement littéraire ou un mode de conjugaison compliqué, que se soit pour promouvoir le dernier film sorti au cinéma ou d’en faire la critique, que se soit pour nous aider à réviser des concepts difficiles en physique… Ou même s’informer sur l’actualité.  Bref dans l’apprentissage de nouvelles choses.

Les réseaux sociaux sont peut-être en trains de devenir un nouveau moyen de se cultiver (pour les étudiants de réviser aussi) et d’enrichir notre pensée grâce à un format plus en vogue et plus accessible ou en tout cas plus facile d’accès que par le biais de l’école ou des bibliothèques. Le risque perdure néanmoins: l’algorithme décide plus ou moins ce que l’on veut voir et donc nous oriente vers tel ou tel contenu pour nous influencer. L’esprit critique doit rester de vigueur face à l’algorithme et aux possibles fake naws.

Il y a-t-il vraiment des responsables ? D’autant plus que les jeunes ne sont plus les seuls.

C’est difficile de parler de responsabilité sachant que tout le monde tombe peu à peu dedans. Mais il est tout de même clair que le manque de régulation et d’informations y sont pour quelque chose. Parents comme enfants devraient trouver des solutions (car oui elles existent) pour contrôler leurs activités et leur temps passés sur des écrans, surtout pendant l’enfance et l’adolescence car l’esprit n’est pas encore forgé.