Prendre une photo sans technologie ? C’est depuis longtemps possible !

Alors que nos appareils numériques débordent de photographies dont on ne soupçonne plus l’existence, quoi de mieux que de capturer nous même un fragment du monde qui nous entoure avec patience et attention ? C’est ce que la photographie sténopé nous offre ! 
Dans le cadre de l’atelier, nous avons en effet eu le plaisir de concevoir nos propres appareils photos fonctionnels de poche à partir de matériaux rustiques tels que des boites de médicaments ou de nourriture. 
Des machines sans objectifs, écrans, technologies… Comment est-ce possible ? Grâce à la Physique !
 
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Intrigués par les domaines de la physiquechimie et de la photographie, nous sommes un groupe d’élèves de Terminale qui a pu comprendre, accompagnés par notre prof de P-C, comment ces deux s’emboîtaient et fonctionnaient l’un avec l’autre, l’un grâce à l’autre.
 
Vous n’êtes pas un grand fan de sciences ? Pas d’inquiétudes, son procédé fascinant, vieux du XIXème  siècle, se saisira facilement : 
 
La boîte, futur appareil,  est percée en son centre d’un trou dont les dimensions sont déterminées par le calcul et par des contraintes liées au phénomène de diffraction. En effet, la taille du trou doit être très petite (inférieure au millimètre) pour obtenir une image nette. Pour le réaliser et le mesurer avec précision, nous avons utilisé un projecteur de diapositives qui nous a permis de voir le trou en grand.  En face, dans le fond de la boîte se trouve un papier photosensible. Il est composé d’espèces chimiques qui réagissent à la lumière du soleil : grâce à une réaction d’oxydo-réduction, elles échangent des électrons, ce qui permet à l’image de se former progressivement sur le papier.
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Ainsi, pour capturer votre bout de nature, il suffit de laisser entrer la lumière pendant un certain temps calculé préalablement. Plus le papier reçoit de lumière, plus certaines zones vont s’assombrir. Prenez garde à bien respecter ce temps : s’il est trop long, l’image sera trop sombre ; s’il est trop court, elle sera trop claire.
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Après cet échange permis par l’exposition aux rayons de la lumière, de nouvelles espèces chimiques apparaissent et se distinguent maintenant du reste du papier. Une image s’est formée, c’est dans la boîte! Mais pour l’instant elle est invisible à l’œil nu, on l’appelle latente. 
 
Comment la faire naître ? Là aussi tout un processus chimique complexe, place à la révélation !

 

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Dans une pièce baignée de lumière rouge (car le papier n’absorbe pas la majorité des rayonnements rouges), nous tentons de rendre notre image visible en la plongeant dans un bain révélateur. On se croirait presque dans un film, avec cette lumière particulière et cette ambiance un peu mystérieuse. Le suspense est à son comble! Grâce aux bains, les endroits du papier ayant capté la lumière vont devenir sombres : nous pouvons désormais enfin observer si notre prise est de bonne qualité, attention tout de même à ne pas être trop gourmand au niveau de la révélation au risque de faire réagir l’intégralité du papier !

Par soucis de sécurité, le papier est ensuite placé dans un bain d’arrêt dont les composants arrivent à stopper la réaction chimique de révélation car, oui, elle peut se continuer même hors du liquide ! Le papier n’échappe par la suite pas à un troisième bain dans un fixateur qui fait disparaître définitivement les espèces chimiques photosensibles résiduelles afin que l’image définitive soit stable pour quelques siècles.

Et voilà ! après beaucoup de précision, patience, rigueur mais surtout beaucoup de créativité et d’imagination, place à l’euphorie de découvrir nos captures personnelles artisanales ! 

Les images visibles sont maintenant en négatif, c’est à dire que la couleur claire vue par nos yeux est sombre sur le papier et inversement, bizarre n’est ce pas ? C’est en fait parfaitement logique : en réalité, les objets clairs/colorés que nous pouvons observer dans la nature sont des objets qui renvoient énormément de lumière, c’est par ce fait qu’on peut les distinguer comme tels. Ainsi lors de l’exposition, ils envoient beaucoup de rayons en direction du papier et celui, alors marqué par la formation des éléments chimiques, va se colorer lors de la révélation ! A l’inverse, les éléments sombres de la réalité ne renvoient que très peu de rayons vers le papier :  celui-ci ne réagira que très peu et ne se sera pas vraiment coloré ! 

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Négatif issu de l’appareil photo

Positif créé à partir du négatif dans un logiciel de traitement d’image

De notre côté, ces expériences nous ont permis de comprendre à quel point toutes les actions que nous faisons quotidiennement peuvent être expliquées par la physique alors que sur le moment on n’y réfléchit pas forcément : la physique est super puissante, elle régit les phénomènes qui nous entourent et en la maîtrisant on peut anticiper les phénomènes futurs, comme nous l’avons fait pour la taille des trous nécessaires selon la boîte et le temps de pause.

On a énormément appris tous ensemble sur l’univers de la photographie : de quoi sont constituées les solutions qu’utilisent les photographes en développant, pourquoi ils travaillent sous certains types de lumières, mais aussi on a saisi à quel point c’est compliqué de travailler avec la lumière qui peut facilement changer ou s’introduire partout si on a un léger moment d’inattention : il faut s’adapter à elle et être très rigoureux pour avoir de bons rendus. Par cet atelier, nous avons eu l’occasion d’utiliser notre imagination et créativité, en recherchant des effets de lumière, de bons spots à capturer… afin de saisir le fonctionnement pourtant à première vue complexe des appareils photos de manière très plaisante !

« L’atelier à moi, m’a permis de découvrir des talents cachés de pseudophotographe! »

En parallèle de tout ce qu’on a appris, l’atelier nous apporte aussi une autre relation à la photographie. Aujourd’hui, on a l’habitude de prendre des photos très rapidement avec nos téléphones, presque sans y penser. Ici, c’est tout l’inverse : chaque image demande du temps, de l’attention et plusieurs étapes avant d’exister.

Ça change complètement notre manière de voir les choses. On ne retient pas seulement l’image finale, mais aussi tout le chemin parcouru pour l’obtenir. Chaque photo devient alors liée à un moment précis, mais aussi à tout le travail et aux essais qu’il a fallu faire.

Au final, ça rend les séances du mercredi vraiment marquantes, parce qu’on ne fait pas que “prendre une photo”, on vit toute une expérience autour.

Et puis c’est assez impressionnant de se dire qu’on a réussi à créer un appareil photo avec presque rien, simplement grâce à des principes de physique.

Voici quelques unes de nos observations :

  •  Les boîtes les plus petites ou avec des formes singulières réussissent moins que les grandes boites classiques.
  •  La rigueur au niveau des temps de pauses et de révélation est à prendre au sérieux ! un peu trop ou pas assez et c’est fichu ! 
  • On doit apprendre à travailler avec les moyens qu’on a : nos instruments ne peuvent pas toujours être aussi précis qu’on aurait besoin, notamment nos instruments de mesures et nos propres yeux au moment de percer et mesurer le trou, il faut accepter une marge d’erreur et continuer d’essayer de produire malgré tout.
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Mais attendez ! Notre aventure ne s’est pas arrêtée là ! Bien qu’il soit possible de mettre les images en positif grâce à des logiciels de traitement, nous nous sommes mis au défi de rendre nos images positives en conservant des moyens ancestraux, mais ceci sera le sujet d’un prochain article orienté sur le fameux sujet des « cyanotypes » ! On se retrouve là-bas ! A très vite !

Jade, Julien, Juliette, Zoé et Eléa 

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